La céramique au disilicate de lithium (LDS) fait aujourd'hui partie des matériaux les plus utilisés pour les couronnes et facettes esthétiques. Sa résistance et sa translucidité sont exceptionnelles – mais seulement si le collage adhésif est exécuté correctement. Et il commence bien avant de saisir le ciment.
01Les basesPourquoi la concentration d'acide compte
L'acide fluorhydrique (HF) dissout sélectivement la matrice vitreuse de la céramique LDS et expose la structure cristalline du disilicate de lithium. Le résultat est une surface microrétentive sur laquelle le silane – puis le ciment résineux – peuvent réellement s'accrocher.
La concentration la plus citée et cliniquement validée est HF à 5 % pendant 20 secondes. Cette combinaison ressort de façon récurrente comme optimale dans les études de laboratoire et les revues systématiques : elle crée une rugosité suffisante sans dommage excessif de la surface. Des concentrations plus élevées (9,5 %) ou une exposition plus longue augmentent certes la rugosité, mais affaiblissent en même temps la couche superficielle de la céramique et peuvent paradoxalement réduire la résistance du collage.
02Pressée vs. CADCAM : la LDS n'est pas toujours la même
Voici un détail facilement oublié en pratique. La LDS pressée (p. ex. IPS e.max Press) et la LDS CAD/CAM usinée (p. ex. IPS e.max CAD) ont des structures cristallines différentes – et réagissent différemment au mordançage.
Les blocs CAD/CAM sont usinés dans ce qu'on appelle l'état bleu (pré-cristallisé), puis cristallisés au four après l'usinage. La microstructure obtenue est plus fine et plus homogène. La céramique pressée, à l'inverse, présente des cristaux plus gros et plus densément agencés. Les études sur la microstructure 3D après mordançage montrent que les deux types exigent le même protocole (HF 5 %, 20 s), mais la surface CAD/CAM apparaît visuellement moins transformée après mordançage – pour autant l'adhésion est comparable, à condition de respecter toutes les étapes suivantes.
En bref : le protocole est le même, la surface finale paraît différente – ne vous laissez pas tromper.
03Nettoyage après mordançageBain à ultrasons et acide phosphorique
Après le mordançage, un précipité blanc se forme à la surface de la céramique – le fluorure de silicium. Si vous ne l'éliminez pas, il bloque physiquement les sites de liaison pour le silane et réduit nettement la résistance du collage.
Le bain à ultrasons (éthanol ou eau distillée, 8–10 minutes) est l'étalon-or pour éliminer le précipité. Un simple rinçage à l'eau ne suffit pas – la cavitation ultrasonore libère mécaniquement aussi le précipité piégé dans les microrétentions.
Comme étape complémentaire, l'application d'acide phosphorique à 37 % (30–60 secondes, puis rinçage) fonctionne. L'acide phosphorique élimine les résidus de contamination et active encore la surface pour la silanisation. La combinaison US + H₃PO₄ donne des résultats constamment meilleurs que chaque étape seule.

04Silanisation et chauffageL'étape qu'on ne doit pas précipiter
Le silane forme le pont chimique entre la céramique et le ciment résineux. On l'applique en couche fine sur la surface sèche et propre et on le laisse évaporer (20–30 secondes). Puis vient le détail clé : chauffage à 60 °C pendant 1 minute (ou selon la recommandation du fabricant) condense les groupes silanol et augmente nettement la densité de la liaison chimique.
Sans chauffage, le silane recouvre certes la surface, mais la condensation ne se fait que partiellement – et la résistance finale du collage est plus faible. C'est l'étape la plus souvent omise en clinique, précisément parce que « ça marche aussi sans, en quelque sorte ». Ça marche – mais pas aussi bien et pas aussi longtemps.
Le traitement de surface au silane fournit une résistance de collage plus élevée, indépendamment de la concentration de HF utilisée ou du temps de mordançage.
Revue systématique, Journal of Clinical and Experimental Dentistry, 2024
05RésuméLe protocole qu'il vaut la peine de suivre
L'ensemble du protocole prend environ 15–20 minutes de plus qu'un collage conventionnel. Le résultat est un collage qui résiste au thermocyclage, aux forces occlusales et au temps.
- Mordançage : HF 5 %, 20 secondes – vaut pour la LDS pressée comme pour la CAD/CAM
- Rinçage et bain US : 8–10 minutes, éthanol ou eau distillée
- Acide phosphorique : 37 %, 30–60 secondes, puis rinçage et séchage soignés
- Silanisation : couche fine, laisser évaporer, chauffer à 60 °C / 1 min
- Collage : immédiatement après la préparation, sans délai inutile
Chaque étape sautée est un pari silencieux sur le fait que la couronne tiendra quand même. Parfois elle tient. Mais le protocole existe précisément pour que ce ne soit pas une loterie.
